Évolution de la population et crise du logement après 1945

Évolution de la population de Besançon

Accroissement de la population bisontine

La population bisontine s’accroît à un rythme nettement supérieur à celui de la France :

– de 1946 à 1962 (en 16 ans) : + 50%

– de 1962 à 1968 (en 4 ans ) : +19 %

– de 1946 à 1968 (en 22 ans) : + 80%.

Sources : Besançon = INSEE / France = INED

Voir aussi :

Mouvements de la population de Besançon, de 1946 à 1999

♦ Soldes migratoires à Besançon, de 1946 à 1999

 

Structure par âge

La population bisontine comporte un très fort pourcentage de jeunes en âge de créer un foyer et de solliciter un emploi. Ainsi, la population active travaillant à Besançon augmente de 27% de 1954 à 1962. Cela correspond à un véritable boom industriel.

Source : C. FOHLEN (sous la direction de), Histoire de Besançon, Cêtre, 1982, p. 515.

Source : C. FOHLEN (sous la direction de), Histoire de Besançon, Cêtre, 1982, p. 515.

Structure par sexe

À partir de 1954, on relève un pourcentage considérable de femmes en âge de travailler (20 à 40 ans). Ceci s’explique en partie par les nombreuses possibilités d’emplois féminins offertes par le secteur tertiaire (commerces, services, etc…) et par les industries bisontines (horlogerie, textile et mécanique de précision) [1] :

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Catégorie socioprofessionnelles (CSP) à Besançon

De 1954 à 1962 à Besançon, le développement des activités industrielles a fait passer la proportion des OS et des manœuvres de 14,3 % à 25,6 %, au détriment des ouvriers hautement qualifiés. En 1962, la catégorie des ouvriers est la plus nombreuse (45 %).

Ce regain de l’activité économique de la ville contribue à relancer la question du logement.

besancon_graph4La crise du logement et un besoin urgent d’extension

Tentons avec quelques chiffres de nous représenter ce qu’était le manque de logements en France, dans les années 50 et 60 :

En France, à la Libération, 4 millions de logements sont à construire ou à reconstruire. Le déficit de construction entre les deux guerres, le défaut d’entretien du parc immobilier et les destructions de la guerre en sont les principales causes. Cela concerne environ 14 millions de Français, soit plus d’un tiers de la population (40,3 millions).

Le recensement de 1954 fait ressortir que 36 % des français vivent dans des logements surpeuplés ; les jeunes couples habitent la plupart du temps chez les parents du mari ou ceux de l’épouse ; 500 000 ménages logent à l’hôtel ou en meublé, souvent avec les enfants.

Une enquête réalisée en 1956 par le ministère du Logement révèle que

– 42 % des logements n’ont pas l’eau courante,

– 73 % ne disposent pas de W-C intérieurs,

– 90 % ne possèdent ni douche ni baignoire.

À Besançon, en 1946, la moitié des familles bisontines habitent des logements d’une ou deux pièces dont l’état est souvent déplorable ; 43 % d’entre eux ne disposent pas des trois éléments nécessaires : eau, gaz, électricité.

Le Comtois 12-13 janvier 1963

Le Comtois 12-13 janvier 1963

Ainsi, la question du logement est une plaie nationale. Ce ne sont plus seulement les couches populaires qui sont touchées, mais l’ensemble des catégories sociales.

Les causes de cette pénurie

Nous venons de voir que la construction de logements a régressé entre les deux guerres. Schématiquement, ce ralentissement est dû à :

– une loi de 1919 qui bloqua la hausse des loyers,

– la crise économique des années 30,

– et à la stagnation de la population française [2].

Pendant la période 1940-1945, il y eut encore moins de constructions, et c’est après 1945 que se produit un boom démographique sans précédent (baby-boom). En 1938, on comptait 612 000 naissances, en 1946, 840 000, et plus de 800 000 par an jusqu’en 1965. En conséquence, la population française passe de 40,3 millions en 1946 à 43,1 millions en 1954, puis à 47 millions en 1962. Cependant, l’exode rural s’accélère : entre 1954 et 1968, 1,8 millions d’agriculteurs quittent la terre pour aller dans les villes.

Ainsi, comme nous l’avons dit plut haut, il manque 4 millions de logements à la Libération. Or, la France manque d’argent et de matériel (le plan Marshal prévoyait jusqu’à la livraison de bétonnières). Le secteur du bâtiment comprend essentiellement des petites entreprises qui travaillent encore avec pelle, pioche, échelle et brouette, et ne maîtrisent pas la technique du béton armé. Pourtant, les priorités nationales sont ailleurs : au lendemain de la guerre, il faut remettre sur pied l’outil de production et les deux guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie pèsent lourdement sur le budget de la France.

L’intervention de l’État est nécessaire

Toutefois, la situation est devenue à ce point désespérante que l’État doit absolument intervenir. Cela commence – timidement – par une loi de 1949 sur les HLM reconnaissant le droit à un logement décent pour toutes les couches sociales et permettant l’octroi de prêts avantageux aux offices et sociétés d’HLM.

En 1953, le plan Courant

– fixe un objectif de 250 000 logements par an,

– favorise le lancement de chantiers de grande taille, ainsi que la recherche de procédés industriels de construction,

– et institue le 1% patronal.

C’est le début de la politique des grands ensembles : préfabrication de la structure des constructions, chemins de grue (voir photo ci-dessous)…

"Chemin de grue" - Naissance des rues d'Artois et Bourgogne à Planoise en 1967 (J.P. TUPIN).

Naissance des rues d’Artois et Bourgogne à Planoise en 1967 (J.P. TUPIN).

C’est ainsi que 195 zones urbaines prioritaires (ZUP) seront construites en France, représentant 2,2 millions de logements, de type locatif essentiellement.

Dans le chapitre suivant, nous verrons quelles ont été à Besançon les premières tentatives de “remédiation” en terme d’habitat collectif.

=> Développement de la banlieue bisontine après 1945 – Les premiers programmes

Notes :

  1. Rapport de synthèse SCET et SEDD, 1963 – Consultable aux Archives départementales du Doubs.
  2. Il y eut un excédent des décès sur les naissances au cours de la période 1931-38, d’où un recours massif à l’immigration.